Je traverse l'hopital Saint Anne, empreinte la galerie Henri Michaux. Henri Michaux! Qu'est-il écrit? Peintre et poète français, 1899-1984. Je sursaute. D'inexactitude et de surprise : Michaux n'est pas français, mais belge, je ne le croyais pas né au siècle précédent.; un apriori sur une époque révolue. La poésie de Michaux est moderne, naïve comme un gamin de quatre ans et parfois violente dans ses amours arrachées.
Michaux pour moi, c'est un souvenir. Michaux c'est Hubert. Et les deux ans de fac que j'ai passées à Amiens. Michaux c'est d'abord un livre noir taché de blanc; les oeuvres de Michaux. Il y a aussi cette dédicace à l'intérieur. Hubert, ce grand Hubert, cet immence Hubert réduit dans ces quelques lignes, à l'écriture hachée, lettres minuscules, illisible. C'est signé Hubert.
Je l'avais abordé difficilement mais je l'avais fait. Sans doute n'y aurait-il pas eu toute la suite si je n'avais pas moi même fait le pas. Hubert, grand escogriffe; non! immense viking à la peau blanche et rosée, de poupon. Ces cheveux de guerriers blonds, cette barbe d'un autre monde, qui lui descendait jusqu'au sternum, en tout point ressemblant à celle de ces barbares scandinaves, braves heros à leurs heures.
Une des rares rencontre de fac.
Il me lisait Michaux. Il me lisait la simplicité dans un effort renouvelé à chaque page; son oeil malade, plumé cotorep, rétrécissant aux seuls dix premiers centimetres le texte saisissant, ouvert tout entier dans la main gigantesque de cet aveugle. Hubert.
Tu es le texte Hubert. Tu es mon retour à l'enfance, me donnant la possibilité de m'emmerveiller à nouveau, ces quelques mots dits, concentrés. Je te vois, doux bébé, si exposé au regard de l'autre. Allais-tu ailleurs?