Dimanche 20 août 2006

Je n'ai pas refait le lit, je n'ai pas lavé les draps. J'ai préféré tout garder en l'état; le liquide avait lentement séché, la marque, délavée puis évaporée, ne trahissait aucun indice.
Je regardais le carré blanc où s'était jouée la scène. Plus rien ne laissait présager les tumultes qui avaient eu lieu ici même; le ravage d'une marée, d'une grande  marée, avait lessivé ce qui restait, les doutes en moi.

Aujourd'hui, autour d'un verre qui noie mes souvenirs, je tends l'oreille, comme pour mieux apprécier la vie me rendant hommage. "J'ai demandé à la lune..." chante le beau brun de mon adolescence, me rappelant la gamine que j'étais et me renvoyant à la femme que je suis devenue. A moi la lune! Et ses tourments de haute mer.
Le calme plat de la méditerrannée n'offre aucune ride à la surface de mon imagination. Je m'abreuve du liquide ambré et je replonge dans le délice naissant, au creux de moi.

- Arrête...
Je n'avais pas crié. Je n'avais pas eu mal. J'étais simplement inquiète. Fred, dans mon dos, s'était immobilisée, ne sachant interprêter le ton de ma voix. Elle était encore en moi, les doigts profondement vissés dans mon vagin explosé.

Je me demande pourquoi j'ai eu peur, tout à coup. Est-ce la vision des draps tachés? Est-ce l'impression que j'avais eu de me vider ? A bien y réfléchir, maintenant, c'est l'inconnu vrillant mon ventre qui m'avait poussée à interrompre le plaisir interminable que Fred, acharnée, me procurait.

Je m'étais écroulée après m'être écoulée, tout en demandant à Fred ce qu'elle m'avait fait. Interloquée, elle avait répondu :
- Généralement ?
Je n'avais pas osé lui dire "Non! Là! Tout de suite!" supposant que cette question traduirait mon trouble immature...

C'est un vaisseau que mon corps; un navire que je découvre chaque jour, recélant des ombres, recoins cachés que le hasard m'offre parfois de visiter. Il ne prend pas l'eau : j'ai pris soin de le colmater à coups de platre bien moulé, toutes ces années où je ne comprennais pas. Il est plus puissant chaque jour, malgré les années qui passent et lui arrachent ici un morceau de peau, là une goutte de sang.

Ce jour là, sans que je le sache, mon sexe s'était ouvert, grande bouche prête au désir contenu. Les gestes furieux de Fred avaient emballé mon plaisir dans un grand sac d'eau qui se vidait, par vague. Je flottais, je tanguais, les ballasts écervelés.

Rongé, le dur en moi.

CLIMAX.

Je sens le liquide refluer en moi. Il entre, fouille, remplit mon ventre de sa douceur, matière étrangère. Je patauge dans une marre translucide. Ce n'est pas le remugle du passé. Ce n'est pas le sang uterin de l'amertume.
Devant mes yeux, un eclair. Je perd brusquement le controle, le sexe tendu vers la libération. L'eau est expulsée. Au gré du va et vient. Je sens les jets, l'éjaculation. Je les vois derrière mes paupières. Droits, fusants.

J'ai senti le liquide refluer en moi... Il allait sécher alors je l'ai regardé : La tache s'est étendue, entre mes deux genoux. Cela ressemble à une carte terrestre, une côte qui parfois se replit sur elle même. J'en fait le tour, distingue les contours secs du drap. Le tissu est trempé. Je le caresse. Ma main s'imbibe. C'est à peine tiède. Cela ressemble à de l'eau.

Une première fois...

Et je deviens femme, femme fontaine, mais je ne pleurerai pas.

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