Je t’ai attendu ; j’étais arrivée bien en avance. J’ai pris possession des lieux en prenant une bière à la terrasse d’un café. La place grouillait de touristes ; le soleil illuminait la scène, irradiait, annihilait le monde alentour. J’ai repris la garde derrière la bouche de métro. Je ne savais par où tu arrivais. Je me promenais d’un pieds sur l’autre, sans savoir quoi faire de mes mains. Je gigotais, stressée par l’attente. Je me sens enfant soudain.
La technologie a du bon parfois, même si elle enlève ou fabrique quelque peu la magie du moment. Finalement, c’est assise, en équilibre sur des rambardes que j’attends le bus qui t’amène à moi. J’ai préféré tourner le dos à la route, te laissant la possibilité d’apparaître comme par enchantement. En réalité, c’est plus une lâcheté de ma part : je ne sais comment affronter le regard que tu pourrais avoir sur moi , et le savoir appuyé me déroute. C’est l’improbabilité du moment qui me fait dire ces mots ! Je préfère ne pas paraître déconcertée en ta présence. Bien moins sure que je ne le suis en réalité. Te savoir proche de moi me galvanise, mais aussitôt j’ai l’impression de perdre ma voix et de redevenir toute petite.
Lorsque tu es apparue, j’ai fermé les yeux, un instant, juste un instant, pour savourer le plaisir qui s’emparait de mon ventre. Mes jambes ont tremblé ; j’ai cru tomber, mais tu étais derrière moi, tu pouvais me retenir. Tu étais aussi gênée que moi, tu souriais. Je me souviens de ton baiser, léger, si éthéré qu’il s’évapore presque aujourd’hui ! Le temps suspendu a rejoint notre souhait : figer les minutes au plus juste ... nous donner le temps d’être deux.
La promenade s’est interrompue sur le trottoir. Mais elle laisse la place aux mots qui refusaient de se donner jusqu’alors. Je murmure parfois. Je réponds. Je lance quelques vérités lorsque tu m’assommes de ton bonheur - son goût, au moins - d’être là. Je ne parviens pas à te parler même si le feeling est là. Je sens le pourpre encombrer mes joues. Je tente de me contrôler, y parviens parfois. Alors je souris à mon tour. J’ai très envie de poser mes lèvres sur ton bras.
Tu en redemandes. Encore !