Jeune femme commence à comprendre ...
Fred ne me raconte pas d'histoires. Elle passe simplement sa vie à vivre - autant que faire ce peu. Son envie de sel m'étonne toujours mais j'aime voir son sourire lorsque nous nous retrouvons après quelques jours d'absence. Notre tandem roule sur une route - sûr ! - elle me le fait savoir, elle me le lance du regard, sous couvert de silence. Pas d'échange verbal, un rendez-vous pris, quelques pas, quelques verres.
Bientôt nous serons chez elle.
Je ne sais pas ce que j'aime le plus dans cette rencontre. Peut-être cette succession de présents, moments que nous partageons sans futur, dans la rage du corps. Oui, bientôt, nous serons chez elle.
Le serveur passe. Elle l'interpelle en le suivant des yeux, commande une bouteille de vin rouge; elle cible, du doigt, un nom sur la carte. Je la laisse faire, comme chaque fois.
Le jeune homme revient, débouche la bouteille devant nous. Je le regarde - quel âge a-t-il ? 22, 23 ans ? - il me sourit. Fred le tue sur place; vision glacée sous la tente chauffée d'une brasserie parisienne. Elle pose sa main sur mon épaule dénudée. Le serveur se presse. Elle s'acharne sur l'arrondi, marque de ses doigts des cercles blanchâtres, sur ma peau, comme si elle pouvait, un jour, entrer sa chair dans la mienne. Le serveur s'en retourne. Le calme, sur mes os broyés, revient.
Elle me regarde, sourit... encore !
Après avoir reglé l'addition, elle prend ma main; la bouteille vide, le cendrier plein. Elle m'entraine et nous tournons aux coins des rues. Le froid de l'eau qui descend doucement m'envahit. Mes tétons dressés, durcis. Bientôt le chaud de chez elle, bientôt.
Mes talons claquent, enchainent le pavé. Je sens son être à mes cotés. Elle est présente, imposante. Elle me vire à gauche, à droite et mon corps suit toujours le sien. C'est une danse, Fred joue la rythmique; sa main tambourine dans mes creux.
Les rues, les arbres, les places.
Nous remontons, nous naviguons. Des cafés ouverts. Des restaurants rapides. Des fenêtres éclairées qui nous font lever la tête. Un passage bruyant, la vie du dehors de nous. Son bras me retient, la rue s'assagit. Un, deux, trois, quatre numeros. La lumière m'éblouit. Je sais qu'elle montera en restant derrière moi... Je veux qu'elle regarde mon cul.
Déjà je me dandine. Déjà je vogue. Et Fred roule des yeux à chaque marche. J'en suis sûre. Dans mon dos. Je pourrais sentir sa main sur mes fesses, tâtant la matière brute. Je monte droite, accentue la courbure, mes reins tendus, séduisante au possible dans l'attente de la suite. Mon ventre peut commencer à brûler, l'entrée n'est pas loin.