En voyage
Le réveil est difficile - après avoir dormi à peine deux heures; tourner et retournée dans le lit que je partage avec ma soeur (voilà bien longtemps que je ne l'ai pas entendu respirer, la tête posée sur l'oreiller).
Notre voyage commence, tôt. Rendez-vous a été pris avec l'ange vers 8h15, gare du nord. Pas question de louper le train! Alors je m'active, aux derniers préparatifs, ceux remis la veille et nous démarrons sur les chapeaux de roues.
Le premier train est à l'heure malgré la frayeur de ne pas le voir annoncé sur le panneau d'affichage... J'apprends, une fois à bord, qu'effectivement, le 7h48 était bien annulé; la faute au RER D encore une fois en grève. Bienveillante SNCF, fée du transport en ce jour, d'avoir ajouté des arrêts supplémentaires au train qui devait filer devant nous sans s'arrêter.
Les portes s'ouvrent et l'ange attend près d'un réchaud rougeoyant, engoncée dans son bonnet, la tête dans son écharpe. Elle a replié ses ailes dans un grand parka noir pour passer inaperçue et se frotte les mains - le geste est humain par ces temps.
Change. Suivi d'un café, sur le pouce. Bientôt un autre train. Un baiser, discret et je lui tourne le dos pour passer la douane. Rien à déclarer sinon un post-scriptum plus qu'aimable.
Dans le TGV ma soeur s'endort presque aussitôt, écouteurs sur les oreilles en guise de comptine. En vingt minutes nous traversons le tunnel puis nous arrivons. Enfin.
La ville ici est différente. La vie ici est différente. Une émotion ressentie sur le champ, aussitôt franchies les portes de Watterloo. L'air est presque agréable - pas changeant, toujours vicié par la circulation mais dépaysant. Un air de sortie, la Tamise, salie, n'offrant pas ses effluves polluées. Arabesques de béton qui m'enchantent.
J'aime de suite cette découverte à deux, partagée dans la fratrie, au fil du flot. Et le soleil est là, salvateur dans notre course. Je jette un oeil en l'air, je jette mille yeux en l'air et de m'apercevoir tout aussi rapidement que Londres, la majestueuse, n'est pas une ville à visiter mais une ville à vivre, qu'il faut y mettre les pieds pour voir s'ouvrir les bras.