Un pas devant l'autre

Publié le par Sandrine

Dans cette ville il y a 60 000 mille habitants. C'est une ville de province, une petite préfecture à la mentalité rabougrie. Maisons rouges contre ciel gris. On en trouve partout des semblables dès que l'on s'éloigne des pôles, attractifs, du béguin culturel, du brassage, du mélange.

Ici tout le monde semble se connaître. Lui ne connaît personne.

Il regarde, l’œil noir, toujours, prêt à sauter à la gorge, toujours. Il s'est mis à l'abris mais ce faisant a pénétré l'antre de l'enfer : une brasserie convenable , proche de la place de l'hôtel de ville. Parce que son sac lui semblait lourd, rudement lourd même. Il a ouvert la porte, la couleur lui assurant le confortable. Bordeaux chaleureux. Il s'est assis dans un coin, commandant sa bière, radieuse, entre brune et rousse.

Et il s'est mis à observer. 

Les clients sous le coup d'une préciosité incarnée boivent du champagne. Une femme défile, un troupeau à ses pieds. Elle a la classe que lui donne la ville. Blonde sortant du salon de coiffure, manucurée de près. Epilation totale peut-être. Il imagine, s'écœure. De temps en temps il tourne la tête vers l'écran qui diffuse en boucle MCM. Les miroirs, tout autour, multiplient à l'infini le son engendré par l'argent. 

Bientôt il vomira, tout seul dans son coin, quand l'alcool ne le réchauffera plus.

Mais préfère s’en aller, avant.

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Publié dans Une quotidienne froide

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