En sortant de la gare

Publié le par Sandrine

La gare ne voit pas les trains passer. Les départs sont espacés, les voyageurs invisibles. C'est comme un bout du monde ici, isolé. C'est une vie perdue.

Le froid glacial pique ses doigts, brûle au travers des gants. Il rajuste le sac sur son dos, expose sa face au soleil caché. Tout est blanc, limbé dans un linceul. L'air pourrait être vivifiant mais l'hiver lui enlève toute envie. Le rend triste, poussé au fond. Il se sent seul, épuisé d'avoir marché pour rester en vie. Il aimerait se reposer, glisser sa tête sur un coussin. L'idée d'un lit confortable  monte en lui. C'est un luxe qu'il ne veut plus s'offrir. Un dénie. Il a décidé de vivre à la dure. Expier, toutes les fautes qu'il n'a pas commises. Parce qu'au moins, quand il a mal, il sent qu'il n'est pas encore mort.

Me and the dragon. Il chantonne, les paroles reviennent en lui. My Sweet Prince. Aux abords les arbres reculent. La glace s'est formée autour des feuilles, interdit tout mouvement à l'eau. Il tape du pied. Se laisse tomber. Reste là des heures à se souvenir. Nourri d'elle. Les membres s'engourdissent. Il n'a pas le droit de s'arrêter. Pour vivre. Bientôt la nuit, la chaleur qui s'écoule de son corps, comme la larme qui perle de son oeil.

Allongé sur le dos en pleine forêt, isolé du sol par sa vie, ce qu'il en reste. Il ne veut pas mourir, ne veut pas dépérir. Pourtant la vie l'a désabusé car trop abusé.

Alors il ferme les yeux.

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Publié dans Une quotidienne froide

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