Je suis une petite fille

Publié le par sandrine

D’habitude, lorsque je rentre chez moi - après le travail, - je vais directement dans le salon.
Je prends la petite boite de bois foncé, sur l’étagère, en face, celle qui contient tout le nécessaire de fume : le morceau de shit, le paquet de feuilles - OCB, courtes ; je roule encore « à l’ancienne » comme disent les copains de ma sœur, avec deux feuilles, - les cartons prédécoupés qu’il suffira de rouler pour former le filtre.
Ensuite, je claque un disque dans la platine et je m’installe dans le canapé pour rouler mon pet et profiter, pour la durée du cd,  de ce que me donne la musique, allongée.

Ce soir, après m’être délestée de l’espèce de sac qui me sert de cabas dans l’entrée, je file aussitôt dans la salle de bain. J’ai envie de me frotter. J’ai envie de nettoyer mon corps de toute la poussière de mort accumulée aujourd’hui. Arrêter les pensées qui tournent.
Je grimpe les deux marches, allume la lumière, ferme la porte derrière moi.

Je suis seule dans la pièce.

Je veux prendre soin de moi. Je fais un pas, me regarde dans le miroir. Je vieillis. Je le vois. Je fatigue aussi, de nuits fabuleusement partagées ces dernières semaines.
Je dégrafe les boutons de mon pantalon, le fais tomber à mes pieds, enlève le T-shirt poisseux de cette journée ensoleillé ; je découvre, dans la glace, le reflet éphémère de ma poitrine. Et mes deux mains glissent le long des hanches pour finalement retirer le slip en coton noir.
Je suis nue. Je me regarde, touche mes seins.

Me raser
et redevenir petite fille dans une sensation d’orgasme. Je sais que le rasoir va racler ma peau toute neuve ; je connais le feu de la lame sur les poils qui remontent, chevauchés par le revers.
Je prends le gant posé sur le lavabo et le passe sous l’eau chaude, qui n’arrive pas. Je dois laver mon sexe, le débarrasser des souillures. J’humidifie les poils pour adoucir le geste puis frictionne, avec une ferveur quasi enfantine, le triangle encore brun.
Je place le rasoir sur le coté, passe une première fois, en biais, reviens, continue le débroussaillage en perpétuels va-et-vient qui affinent la couche résiduelle. Je commence à voir ma peau, comme une tache plus claire qui s’enfonce, vers le bas.
Je m’applique, reviens à la charge dans l’indélicatesse, pour mettre à blanc cette fois.
Le rasoir manque de couper. Je deviens plus douce. La peau, lisse, se dévoile. Une peau lisse qu’on ne retrouve à nul autre endroit du corps. Il me faut la choyer, la caresser, avec un peu de savon, pour tempérer l’étincelle qui éclate en moi.

Me raser m’excite.
Mon sexe se met immanquablement à couler lorsque le rasoir s'allonge prudemment dans le creux de l’aine et racle sur mes lèvres, sur leur crin au poil drus, serrés. Ma peau s’allonge, suit le mouvement de l’outil. Une bulle d’air éclate, libère un passage, une fraîcheur. Et l’organe se replie brutalement sur lui-même, dans un soubresaut qui maintient la vague délicieuse dans mon ventre. Je regarde mon sexe, la lamelle qui frôle mon clitoris tout en continuant ma troublante besogne. Je commence à sentir le liquide qui s’écoule, comme une douleur aiguë qui pousse au fond de moi. J’imagine ce sexe tout blanc, débarrassé de ce qui peut gêner le plaisir ; j’imagine que tu le prennes à pleine bouche, MAINTENANT ! que tu t’en empares MAINTENANT ! que tu le traverses, de part en part, MAINTENANT !

Mon cœur bat-il ?

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Publié dans First-L

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