La première fois
Jai refermé la porte.
Dans le fond, la flamme dune bougie fait vaciller nos ombres brunâtres sur les murs.
Je regarde D. Je la vois.
Nous allons le faire. Nous allons le faire ce soir.
Nous sommes en avril. Il y a plus dune année que je la désire. Dans quelques jours, jaurais dix-sept ans.
Je ne parviens pas à imaginer comment cela va se passer. Le ballet damour, personne ne men a parlé, personne ne me la enseigné.
Je mapproche du lit. D. y a déjà pris place. Elle me parle, je lui réponds distraite. Nous allons le faire, mais pas maintenant, pas tout de suite : dans la salle, à coté, ses parents finissent leur journée.
Nous goûtons lintimité du lieu fermé. Nous pouvons nous laisser aller, coupée du monde des grands, du monde tout court.
D. désire-t-elle le faire ? (je sais que je ne suis pas sa première fois, même si je suis sa première femme)
Et
La flamme séteint.
D. est proche de moi. Je sens son corps, encore drapé, allongé près du mien.
Nous nous embrassons. Jai envie de re-découvrir sa bouche, ses seins. Lémotion brute métreint, enserre mes hanches dune douleur nouvelle. Mon cur tambourine dans mes mains. Le sang y afflue, gonfle cet organe novice.
Mes doigts effleurent la peau de son ventre rond. Cette nouveauté nous émeut, rendant timide et précieux chacun de nos mouvements.
Jécoute son souffle. Elle attend de moi le rôle du tout puissant.
Mon bras était empesé ; il se dégage, sextirpe de sa gangue de maladresse, tire sur le slip. Ma main fouille ses poils doux, foule son pubis à moitié dénudé. Mon doigt se glisse entre ses lèvres.
Ce nest pas le même sexe que le mien.
Quinze ans plus tard, un dimanche après midi, je le découvre encore.