Divagations
La pensée de ses moments soudain perdus la fit frissonner. Frédérique revint à elle ; l’appartement baignait toujours dans sa lumière dorée. Elle se redressa en soulevant les oreillers qui la calait contre le mur.
Pourquoi Marie ne donnait-elle plus de nouvelles ?
Elle relut les quelques mots griffonnés sur le papier pendant sa rêverie : pourquoi Marie ne me parle plus ? Sur ses genoux, le cahier portait les traces de ses questionnements mais aucune réponse ne venait s’étaler, visible comme le nez au milieu de la figure, au devant d’elle. Plus les jours passaient, plus elle devenait perplexe quant à la raison qui poussait Marie au silence. Elle était désorientée et ne supportait pas cette absence prolongée.
Un pic, cruel, lui lacéra la partie droite de la poitrine. Une douleur diffuse entailla sa gorge et barra le passage à l’air qui venait secourir ses poumons d’un trop plein d’émotions. L’espace de quelques secondes, ses yeux se brouillèrent, une grimace transforma son visage d’habitude si distant, presque froid.
Elle se prenait la tête, se forçait à réfléchir à cette nouvelle situation.
Elle savait que Marie n’appellerait pas pourtant elle restait près du téléphone avec l’espoir, si minime soit-il, d’entendre sa voix. Elle passait tour à tour par des sentiments qu’elle ne ressentait pas réellement mais qu’elle pensait vrai sur le moment - colère, joie, amertume, jalousie ...
Elle se força à expirer l’oxygène sereinement. Et prit une profonde goulée. Le calme revenait. La tempête ne devait pas apparaître maintenant. Elle ne le souhait pas, espérait toujours l’arrivée inopinée de Marie, même lorsque celle-ci était - comment dire ? - chimérique ...
Depuis qu’elles se connaissaient, Frédérique et Marie n’avaient jamais eu beaucoup d’échanges. De l’envie mais peu de communication. Elle se rappelait cette rencontre si courte, dans un parc à l’heure du déjeuner. Toute leur vie ne tenait qu’à cette heure et demi passée ensemble sur le coin d’un banc.
Frédérique se mit à parler.